Ra(ts) - Lecture de Frédéric Vignale

"Quelle poésie écrire pour le manque de poésie ?". Les questionnements poétiques de Rodica Draghincescu touchent des problématiques essentielles, pertinentes et profondes.


Ra(ts) est un livre d’Art et de Poésie ou de Poésie de l’Art. Les mots et les images se conjuguent en un dialogue complémentaire et respectueux. Deux admirations font œuvre commune pour la beauté de la Création. Dans la gratuité et la noblesse d’un travail exposé, offert aux esthètes. La dualité miroir entre Rodica Draghincescu et le peintre Marc Granier donne du sens, prolonge et ouvre le débat. On est dans un livre qui dissèque, analyse, commente, met en perspective, témoigne, se pose des questions et finit même par apporter des réponses.


"Un pas est une allure d’une seule jambe dans la marche déchiquetée". Rodica est une équilibriste, une saltimbanque nostalgique dont le corps et l’esprit sont un carrefour de réminiscences.


Gravure de Marc Granier extraite de "Rat(s)"

L’écrin éditorial est fort bien construit pour et autour de la poétesse ; l’introduction de Julien Blaine est d’une justesse implacable, la préface de Cécile Oumhani a tout compris de l’essence même de l’auteur. Ra(ts) est un produit culturel précieux, au sens noble du terme, l’attention portée aux impressions, à la mise en page des peintures et des poèmes force le respect.


Le tour d’horizon est complet, le champ référentiel énorme. Le couple, la vie, la mort, la littérature, l’écriture, l’autodérision, la métaphysique, l’intime, le microcosme, le macrocosme, Rodica balaye avec élégance et un minimalisme efficace et brillant, une grande série de thématiques cruciales. Ces "je" de mots sont issues d’une langue qui n’appartient qu’à elle, et qui est certainement l’avatar d’une grande tradition orale et séculaire. Rodica met en bouche et s’approprie une culture unique pour mieux nous la transmettre, son écriture est politique et partisane, Rodica mène un combat permanent, ses mots sont libérateurs. Ses mots sont une insurrection incessante, obsessionnelle, Rodica, porte en elle une Révolte légitime.


Elle combat ses "crimes qui n’ont jamais eu lieu mais qui ont laissé des orphelins dans la faille", Rodica met des mots sur ces charniers invisibles qui la hante et hante les endroits et les gens qu’elle a connus.


Ra(ts) continue de montrer et démontrer à ceux qui ne le savaient pas encore, que Rodica Draghincescu est une voix poétique majeure, qu’il faut compter avec elle. Elle porte en elle cette histoire qui ne finit pas, qui ne baisse pas les armes, sa sensibilité est un cri qui ne faiblit pas d’intensité avec les années, les épreuves et les doutes. Un poète est être qui joue sans cesse avec l’immortalité.


Ra(ts) est un morceau -historique - d’immortalité. A lire, à offrir, à exposer. De l’Art.

Frédéric Vignale "Le Mague", 20 octobre 2012

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