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Entretien avec Lancelot Roumier pour la sortie de « Ce temps qui ne passe pas »

Dernière mise à jour : 3 déc. 2022

Véronique & David Zorzi : Bonjour Lancelot, vous vous apprêtez à sortir aux éditions du Petit Pois un recueil de poésie intitulé Ce temps qui ne passe pas, pourriez-vous tout d’abord le présenter ?


Lancelot Roumier : J'ai voulu essayer d'y dire notre rapport au temps, la manière dont nous le vivons, l'imaginons, le réalisons au quotidien. Comment le présent se fait prendre à la fois par le passé, à travers l'enfance, des souvenirs, et à la fois par le futur, ses projections de vie, de société, ou simplement l'arrivée de la nuit. Mais comment aussi, à l'aide de ces autres temporalités, le présent existe avec force.


Savez-vous pourquoi cette problématique du temps vous occupe-t-elle ainsi ?


Lancelot Roumier : Je me force à prendre le temps. Mon père est décédé assez jeune et je pense, suis sûr, que cet événement familial a, en partie, développé chez moi un certain sentiment d'urgence, de devoir faire et faire maintenant. Voilà pour les origines de cette problématique. Puis, ces dernières années, plusieurs choses m'ont amené à y penser. Par exemple, mon intérêt grandissant pour l'astronomie et l'incroyable, et perturbante, prise de recul sur notre temps humain. Nous existons très peu à l'échelle de l'univers !

Plus terre à terre, le potager et la culture du sol ont aussi nourri mes réflexions. Il est par exemple très important d'être attentif aux minuscules changements. La croissance des premières pousses ou la récolte des graines en prévision de l'année prochaine. On y observe un temps lent qui nécessite de la patience.

Plus proche de nous, les confinements ont indéniablement joué un rôle dans l'écriture de ce recueil. J'ai eu du temps pour le faire.


Nous retrouvons dans votre poésie les gestes du quotidien, ces petites choses auxquelles on ne prête plus attention… Que révèlent ces gestes pour vous ?


Lancelot Roumier : Il est primordial pour moi de s'avoir s'arrêter sur eux et d'aller moins vite. Il ne tient qu'à nous d'apprécier ces moments coincés dans les interstices du réel, là où tellement de souvenirs, d'impressions, de sentiments, d'images, se concentrent et s'entrechoquent. Il faut pour moi se tenir là, entre les strates du temps.


Quels sont les auteurs, les artistes d’hier et d’aujourd’hui qui vous influencent ?


Lancelot Roumier : Tous ceux que j'ai lus. Il est même probable que j'aurais du mal à être honnête sur une telle sélection. Je pense néanmoins pouvoir avancer quelques noms, dans le domaine de la poésie (sinon il y en aurait trop), qui m'ont influencé, que je le veuille ou non. Il y a eu Bonnefoy, qui m'a fait découvrir la poésie contemporaine. Il y a eu Guillevic, découvert tardivement mais dont je me suis tout de suite senti très proche. Il y a eu Jean-Luc Parant dont la franchise et l'honnêteté poétiques m'ont touché. Il y a eu, aussi, le norvégien Hauge et l'intensité de ses formes brèves.

Je dis « il y a eu » mais « il y a » sûrement encore.



L’aquarelle de couverture est une œuvre de votre grand-père. En quoi cela a-t-il du sens pour vous ?


Lancelot Roumier : C'est un grand-père que je n'ai pas connu, décédé avant ma naissance. Père de ma mère, il a toujours tenu une place importante malgré son absence. Figure, encore aujourd'hui, obscure et mystérieuse, je sais néanmoins de lui son engagement politique et artistique. Cet homme, artiste inconnu, représente pour moi la tentative intemporelle de dire quelque chose. Malgré une vie difficile, sa peinture était là, est toujours là, et saisit quelque chose de la vie. J'interprète, bien sûr, mais le chemin de terre, entre les arbres et les maisons, au milieu de la vie du quotidien, fait sens. Ce chemin, j'ai envie d'y être.


Le temps qui passe est aussi une histoire de lecture et d’écriture. De quelle manière écrivez-vous ? Pour reprendre un de vos vers, vous faut-il « ne rien faire pour écrire » ?


Lancelot Roumier : Lire et faire de la poésie, c'est prendre du temps. Souvent des mots viennent, alors je prends des notes dans un carnet. Après, parfois bien plus tard, je reprends ces notes et je les travaille. Comme elles me travaillent.

Mais il y a aussi ces moments où, oui, je ne fais rien mais où des choses se font quand même. Parfois pendant des jours, ou même des semaines, je sens que des mots montent mais je ne les dis pas, je ne les écris pas. Jusqu'à ne plus avoir le choix. Ma compagne me dit alors « faut que tu ailles écrire. » Après écriture, ça va mieux, je suis moins pénible.

Oui, il y a ce temps de rumination. Le temps est un tel concentré de plusieurs temps que, pour moi, il n'y a que la poésie qui puisse saisir l'instant et son enchevêtrement. La poésie plonge au cœur de l'enchevêtrement du temps sans en défaire les nœuds.

Il y a enfin le temps de la vie de tous les jours, précieux et nécessaire aussi. Peut-être que la poésie doit parfois être oubliée pour être trouvée.

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