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Pour poursuivre et revenir à la lecture du livre de Samuel Martin-Boche - « Chemins de l’arbre »

Je suis donc retourné sur les Chemins de l’arbre ou plutôt les arbres sont revenus vers moi, un par un, chacun avec son caractère, son ombre, son écorce, sa philosophie.

Samuel martin-Boche prétend à l’unité de son livre et il m’en persuade : tercet ou haïku, chaque arbre occupe le même espace topographique dans une égalité parfaite : chacun vaut son voisin, pas davantage et pas moins. Mais je ne crois guère à cette troupe qui avancerait de page en page sous l’uniforme. Les arbres ici ne jouent guère collectif : on ne se promène guère dans les bois ni dans les forêts. Un peu cependant, mais comme pour mieux s’en détacher : l’armada des feuillus (n°4/page 13) n’aspire qu’au départ, les résineux et les feuilles ne se regroupent que pour la dispute (3/16), les grandes orgues de la hêtraie sont déjà parties (4/26) et finalement la communauté forestière n’est qu’un masque (4/27).

Non, l’arbre, chaque arbre, me convainc de son irréductible individualité, de son originalité essentielle, de sa totale liberté de paraître et d’être.


Photographie de Samuel Martin-Boche.

Chaque arbre ? C’est qu’il sont nombreux, ces arbres, communs ou rares (j’ai renoncé à chercher des images, à quelques exceptions prêt, des arbres que je ne connais pas – pour me laisser encore le loisir d’une autre lecture et d’autres découvertes – et je me suis contenté du mystère de leur nom. Et des images renouvelées de ceux qui sont communs ).

Certains, bien connus, se présentent plusieurs fois pour ne pas manquer la photo. J’ai compté 6 chênes y compris un liège, 5 hêtres dont un fau, mais la plupart sont plus modestes et ne viennent qu’un fois.

D’ailleurs, ces chênes qui se bousculent, sont-ils plusieurs ou un seul rencontré un autre jour, sous une autre lumière, par un poète qui a encore changé d’humeur ? Le cerisier pose la question pour lui-même (4/18). Et pour quelques peupliers et quelques pins qui se succèdent…

Un ou plusieurs ? Ils sont comme les gens qu’on aiment et qui peuvent tout à coup encore nous surprendre, transfigurant soudain la monotonie du quotidien.


Toute taxinomie serait dérisoire et inutile, l’imagination de l’auteur et celle du lecteur s’y refusant. Malgré tout, je me risque à quelques rapprochements subjectifs et présomptueux, histoire d’essayer de distinguer des lignes et dessins dans la mosaïque.

Il y a les photographes (ou les peintres) ceux qui jouent couleurs et lumières : 1/7, 2/7, 2/9, 2/10, 4/11, 4/18, 2/20, 3/20, 3/26.

Il y a les mystiques, ceux qui ne rêvent que d’altitude, de ciel et d’invocations : 3/7, 1/8, 1/11, 4/20, 3/27.

Il y a les danseurs, les artistes de théâtre, les baladins, ceux qui ne vivent que du mouvement et de ses incertitudes : 4/7, 2/8, 3/8, 1/9, 3/15, 1/26.

Il y a les sages, ceux qui méditent, pensent, sont immobiles, s’ennuient un peu : 3/9, 4/9, 3/11, 1/12, 2/12, 3/12, 3/14, 4/16, 2/17.

Il y a les comptables, ceux qui calculent, recensent : 3/10, 2/11, 3/13, 3/25.

Il y a les relationnels, ceux qui sont là pour l’accueil, la surprise, la méprise, ceux qui entretiennent une relation personnelle avec l’auteur : 2/9, 4/10, 1/13, 2/13, 3/29.

Il y a ceux qui ont leur sacré caractère, leur attitude définitive, qui ne veulent rien savoir d’autre : 2/21, 3/21, 1/22, 4/22, 2/23, 1/24, 1/27, 2/27, 3/28, 4/29, 1/30, 3/30.

Il y a les philosophes (qui se mêlent un peu aux sages parfois) : 1/16, 2/16, 1/17, 3/17, 3/23, 1/29, 2/31, 3/31.

Il y a les farceurs, ceux qui aiment les clins d’œil : 2/14, 4/14, 2/15, 4/15, 3/16, 4/17, 3/19, 4/19, 1/21.

Enfin, il y a les poètes, ceux qui ne semblent vivre que pour jouer avec les mots: 4/8, 1/10, 1/14, 4/12, 1/15, 1/18,1/19, 2/19, 1/25, 2/22, 3/22, 1/23, 1/28, 2/28, 4/28, 2/30, 1/31, ceux qui surprennent la vitesse ou le rire du chêne.

Il y a ceux qui n’entrent nulle part, ceux qui pourraient aller ailleurs, ceux qui s’échappent et qui rient, ceux qui m’ont fait me tromper de page peut-être.

Et s’il fallait davantage ne pas s’y retrouver, errer parmi les arbres comme entre les hommes et les femmes qui n’existent et qu’on n’aime que pour leurs différences et leurs improbables chemins.


Patrick Argenté, octobre 2022.

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