Note de lecture de Lancelot Roumier sur « Robinson ou le dessein d’une île »

Paru en janvier 2022 aux éditions du Petit Pois dans la collection Correspondances. Robinson Crusoé ou le dessein d'une île revisite la fameuse histoire de Defoe comme celle de Michel Tournier. Mais, surtout, ce recueil explore notre propre "robinsonnade", cette histoire que nous avons en nous et qui nous habite, cette histoire qui parle de l'île en nous. Aux textes de Cordesse se joignent les linogravures de Lionel Balard pour réaliser un bien bel ouvrage qui offre une profonde immersion au cœur de l'île, entre poèmes et jungles.


Les images d'un monde d'avant, vécu, pas encore oublié, rencontrent l'île et sa réalité. Deux mondes se croisent et se confrontent. Nous plongeons dans un voyage au centre de l'expérience insulaire.


les nuages donnaient

de longs fruits

mathématiques


Bourdonnante de vie, l'île touche le Robinson en nous. Le lecteur est inclus dans l'écriture de l'île, dans sa littérature si particulière. Le pronom "tu" est d'ailleurs fréquemment utilisé.


la nuit lourde tu trembles la musique la

lune notes pour toi sable déserte

invitation au bal des ombres sur le sol

seul Vendredi dort à tes côtés pourtant


Une langue nouvelle naît. Une langue propre à notre redécouverte du monde, à notre réapprentissage de soi, de la nature, de cette poésie.


réécrire O bleu la vague réécrire le ciel

réécrire eau pied à pied le paysage voiles

de mer sur la page voyelles ouvertes en

grappes jus de mots bleu rayon d'étoile

trace de langue sur le sable ramasse tes bras

entoure ton corps O cercle doux d'une lèvre


Les nombreuses linogravures de Lionel Balard accompagnent et enrichissent le cheminement des textes. L'île est même, dès la première linogravure du livre, tatouée à l'intérieur d'une main. L'île vient du corps. Avec cette écriture à quatre mains, on pense évidemment à Vendredi, un double, miroir inversé, une altérité aussi, que Robinson rencontre sur l'île. Ici, une rencontre sauvage mais lucide pour retrouver ce que l'on avait perdu. Dans les images qui jalonnent le texte, graphiquement, mer, ciel et île se ressemblent. L'île, omniprésente, est un tout que l'on redécouvre à l'aide d'une prise de conscience. Le lecteur/narrateur/Robinson prend conscience de cette nature habitée qui rejaillit jusque dans la manière de parler, de voir et de vivre.

Une intense aventure poétique aux images marquantes, qu'elles soient écrites ou gravées.


Lancelot Roumier,

janvier 2022.

https://exopoesie.blogspot.com/

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