"Le Bruit des nuits" - Lecture de Kathleen Hyden-David dans le numéro 183 de la revue Florilège

Quel est donc ce bruit que le poète Léon Bralda veut nous faire entendre ? S’il envahit ses nuits, sans doute est-il l’écho de pensées intimes. Le recueil est un ouvrage de petite dimension. Sa présentation très soignée, raffinée même, ses pages non reliées, la qualité de son papier, tout contribue à en faire un écrin pour abriter « …un texte intime, véritable hymne d’amour pour un être cher – la mère du poète - que la mort avait emporté prématurément... » (extrait de la courte présentation en page 2). Mais le lecteur ne saurait se contenter de regarder. Il doit aussi pouvoir entendre « Cette voix qui porte aux confins des jeunes années ».


Revue Florilège n° 183

Monsieur Stephen Blanchard

Rédacteur en chef et président de l'association

19 allée du Mâconnais - 21000 Dijon

aeropageblanchard@gmail.com


Le poète a composé une forme de dialogue lyrique entre cette voix et lui-même, avec des mots devenus notes de musique pour un texte mélodieux aux accents symbolistes. La disparition prématurée de sa mère est à l’origine d’un manque profond qui ne guérit pas. « …sur le velours/du quotidien/y demeure/comme vague/enflant contre la coque/un songe maternel porté/jusqu’aux rivages ». Pour des raisons cachées, il semblerait qu’on priva l’enfant de toute évocation. « On troqua le silence/contre le bruit des nuits/(…) Le jour n’a plus suffi/alors/à votre voix ». Que lui cachait-on pour qu’il en arrive à dire : « Ma mère/votre voix secoue/l’insoupçonnable ». Lorsque le poète évoque l’enfant atteignant l’âge adulte, hanté par ses souvenirs devenus interrogations, c’est à la troisième personne du singulier, comme s’il se sentait étranger à lui-même. « Il prit les bouches qu’on musela, goûta le fruit des mots/allant de leur colère... » Et ainsi « Couvert d’un linceul brun/il approche les actes fous/de sa naissance. » Que d’efforts pour atteindre à la vérité : « On a muré la porte/négocié la lucarne/admis l’incompétence/des vitres à voir plus loin. » « Mais cela était vain. » Le poète « tète au sein noir de l’absence ». Cette œuvre à la fois littéraire et lyrique, évoquant avec délicatesse et retenue, le drame de l’absence inexpliquée de la mère, se regarde et s’écoute un peu à la façon d’un opéra. La forme poétique du livret comme le thème dramatique suscitent l’émotion et la réflexion du lecteur-spectateur. La poésie libre de Léon Bralda, nourrie d’un sensibilité symbolique, joue ici pleinement son rôle.


Kathleen Hyden-David

khydendavid@orange.fr

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